Snowden, vain sur vain

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Je me méfie toujours des biopics car je finis toujours par me demander à quel moment le réalisateur du film transforme les faits au profit du divertissement. C’est la raison pour laquelle en 7 jours, après avoir vu SNOWDEN, je suis devenu expert en…Snowden.

Parce qu’en 2013, les révélations d’Edward Snowden sur les écoutes et enregistrements des données des citoyens du monde par le gouvernement US n’ont fait que confirmer ce que je pensais déjà. Du coup ça ne m’avait pas chamboulé. Et aussi grave que puisse être là sodomisation pure et simple de notre vie privée, il n’empêche que je n’ai jamais modifié mon comportement sur le net, que la révolution n’a jamais eu lieu. La majorité du monde connecté continue d’accepter des conditions générales d’utilisation sans les lire pour pouvoir télécharger des applis (ou autre service inutile donc indispensable) dont on valide innocemment qu’elles accèdent à nos photos, nos historiques d’appels, notre groupe sanguin, nos préférences sexuelles et que sais-je encore.

"bonjour, c'est bien ici le concours de sosie d'Edward Snowden?"

« bonjour, c’est bien ici le concours de sosie d’Edward Snowden? »

Quand je suis sorti du film, j’étais déçu car je l’avais trouvé chiant, sans rythme, pollué par l’histoire d’amour entre Snowden et sa zouz qui n’apporte rien. Le film est un hommage assumé au lanceur d’alerte joué par Joseph Gordon Lewitt, articulé sous la forme de flashbacks qui permettent de retracer le parcours d’Edward depuis son arrivée à la CIA jusqu’à finir dans le présent du film, quelques jours après les révélations, sa fuite et son exil forcé en Russie.

C’est sûr que le parcours d’un hacker, c’est moins riche en tatanes et en explosion qu’un Marvel ou même un bon vieux MacGuyver. Mais en même temps quand je vois que Fincher à réussi à rendre vivant l’histoire de facebook dont je me battais les couilles, j’ai des regrets.

Par contre, ayant complètement occulté l’affaire, je trouvais le film utile car il m’a permis de m’intéresser enfin à une histoire de fond passionnante. Ça m’a renvoyé dans la gueule mon comportement de consommateur du net débile pendant qu’un mec comme Snowden risque sa vie pour mes libertés.

N’empêche, comme d’habitude après un biopic, je me suis plongé dans les faits pour trouver la petite bête et je suis ravi de constater qu’Oliver Stone y est très fidèle. Parce que putain je hais les biopics qui refont l’histoire (hein Clint Eastwood!?). Mais j’ai aussi découvert qu’un documentaire, CITIZENFOUR (Oscar du meilleur docu en 2014), avait été réalisé au coeur des révélations.


Alors j’ai maté le docu. Forcément, j’ai trouvé le sujet aussi passionnant, avec l’avantage de présenter les vrais acteurs de l’histoire (Snowden, journalistes). Bilan, les scènes filmées par Oliver Stone ne sont (presque) que des remakes de scènes déjà mises à disposition du public, qui donnent des informations qui le sont tout autant. Instantanément, ça m’a rendu le film d’Oliver Stone ultra-paresseux, mega-convenu, et supra-giga-anecdotique (vous me dites si j’en fais trop avec les superlatifs).

Avec le recul, j’ai l’impression d’avoir vu un film-hommage qui n’est qu’une synthèse de Wikipédia et de CITIZENFOUR, qui s’accroche tellement aux faits qu’il a la saveur d’une reconstitution avec juste de l’amour en plus. Edward Snowden y ressort héroïque (j’en conviens), et mis à part une paranoïa on ne peut plus justifiée, il semble être l’humain parfait.

Et ça m’emmerde un peu parce que plus je me renseigne, plus le personnage d’Edward Snowden m’intrigue. Je ne sais pas comment il se voit. Quand je lis et vois ses interventions, ou même la surprise d’un duo avec Jean-Michel Jarre, j’ai l’impression qu’il joue pas mal avec les médias, à me demander (peut-être à tort) s’il n’est pas un peu mégalo. Au delà de l’image qu’il renvoie, pourquoi j’ai l’impression qu’il est si parfait? Comment vit-il le fait d’avoir foutu sa vie en l’air pour un peuple (dont je m’inclus) qui continue de mettre en pâture ses données au plus offrant? Pourquoi les USA ne flinguent pas Snowden, tout simplement? Que gagne la Russie à filer l’asile à Snowden? Quid des menaces qui doivent peser sur toutes les personnes qui arrivent à communiquer avec lui? Des gouvernements (dernièrement en Grande Bretagne) qui accentuent encore plus les programmes de surveillance à l’encontre de ses citoyens?

Et je pourrais continuer encore longtemps.

en gros : t'es blanc, t'as les cheveux courts et des lunettes: tu ressembles à Edward Snowden (l'épilepsie est un +)

en gros : t’es blanc, t’as les cheveux courts et des lunettes: tu ressembles à Edward Snowden (l’épilepsie est un +)

Bref, après avoir vu CITIZENFOUR (auquel Stone rend hommage puisque la réalisatrice y joue son propre rôle), je ne comprends pas vraiment le sens profond du film. Je me dis qu’avec deux ans de recul sur tout ce merdier, Stone avait les moyens de faire un film beaucoup plus puissant, qui posait d’autres questions que celles dont les réponses ont été données par d’autres. Un peu comme si un réalisateur faisait le remake d’un docu de Michael Moore. Ce serait complètement con en plus d’être complètement inutile.

Si l’histoire de l’Affaire Snowden vous intéresse un minimum, je ne saurais que vous conseiller de faire l’impasse sur SNOWDEN et de foncer vers CITIZENFOUR, bien plus riche, plus vrai et bien moins chiant à mater (ce qui est un comble quand même).

2.5 INUTILE

Hommage trop lisse à mon goût, film chiant les 3/4 du temps, s'arrête là où il aurait du commencer. Est le presque remake d'un documentaire qui raconte la même chose. Sincèrement, c'est quoi l'intérêt de voir un sosie (Snowden) quand on peut voir l'original (Citizenfour)?

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Ne parle jamais de lui à la troisième personne mais se sent obligé de le faire dans une description. Armé d'une carte UGC, d'une PS4, d'une PSVita, d'un sens de l'humour douteux, tout comme ses goûts. Aime bien ne pas être d'accord, juste pour faire chier

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